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Que le risque soit ta clarté

7 mai
3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Aujourd'hui, deux jours après mes 47 ans, je présente mon premier seul en scène à un public de professionnels.

J'ai peur. Très peur.

Et en même temps — il est temps. La nécessité me pousse depuis des années. Je ne pouvais plus ne pas le faire.

Peu de temps avant que mon père décède, je disais à ma coach : "Je pense que je ne serai pas capable de présenter un spectacle sur mon histoire de son vivant." Une semaine après, il nous quittait (true story). Je "n'avais plus d'autre choix que de commencer à écrire".

Le miroir — Ariel Garcia Valdes

La semaine dernière, j'ai échangé avec Ariel Garcia Valdes.

Ariel n'est pas allé au lycée pendant 3 ans. Ses parents ne le savaient pas. Ils ne sont plus là pour apprendre la "vérité".

Ce qu'il faisait à la place : il allait marcher dans la forêt, il passait du temps dans la nature... et aussi il faisait du théâtre dans des MJC grenobloises avec sa troupe, à la fin des années 60. Pas de budget. Pas de pression. Pas d'enjeu. Juste une envie de créer — et des projets singuliers qui les tenaient debout, ensemble.

Ariel Garcia Valdes est devenu l'un des grands comédiens de théâtre français. J'ai eu la chance de jouer avec lui dans Quartett, mis en scène par Bob Wilson, avec Isabelle Huppert.

Sa quête — et son moteur — : une confiance absolue en lui-même.

La phrase qu'il me disait avant de monter en scène

Souvent, dans les coulisses avant d'entrer en scène, il posait une main sur mon épaule et disait :

"On ne sauve pas des vies, Benoît. On ne fait que du théâtre."

Ce n'était pas du détachement. Ce n'était pas de la désinvolture.

C'était la chose la plus libératrice qu'on puisse se dire avant d'exposer sa vulnérabilité à 800 personnes.

Remettre le risque à sa juste place. Et paradoxalement — être totalement présent. Et rire aussi. Sur scène parfois et beaucoup en dehors.

René Char

"Que le risque soit ta clarté."

En se lançant dans une aventure, quelle qu'elle soit, en prenant un risque, l'apprentissage est tel que les éclairages viennent nécessairement. Le succès n'est pas garanti et il n'est surtout pas l'objectif.

L'objectif, c'est l'apprentissage.

La question que je n'arrive pas à trancher

J'ai posé à Ariel cette question. "Où est-ce que ça loge en toi, cette confiance ?"

Il n'a pas vraiment pu répondre. Il ne sait pas. "C'est là — c'est tout. Ça a toujours été là."

Et là, je l'ai envié.

Pas son talent. Pas sa carrière. Pas les 20 ans de scène.

L'inébranlabilité. Ce doit être très confortable de se sentir inébranlable. Ce qui est loin d'être mon cas.

Je crois que j'ai confiance en moi — dans mes capacités, dans ma direction. Ce qui pêche, c'est l'estime. Très fragile. Et une estime de soi solide peut nourrir la confiance en soi — et vice versa.

Cette confiance absolue en soi — est-ce en nous chez chacun ? Et comment se gagne-t-elle sur une estime de soi fragile ?

Dormante, attendant les bonnes conditions pour surgir ?

Ou peut-elle être éteinte à jamais — par une enfance sans filet, un environnement qui n'a jamais laissé de place à "il te suffit d'être pour être aimé" ?

Ariel avait ses MJC. Sa troupe. L'absence de pression parce qu'il n'y avait pas d'enjeu. Et le désir intense de créer.

Tout le monde n'a pas ça.

Je pense que j'ai un peu de cette chance d'avoir une furieuse envie de créer.

Mon spectacle s'appelle "Tout le monde n'a pas la chance d'avoir deux parents psychotiques." C'est un seul en scène drôle et assez intense aussi. J'ai eu la chance de le co-écrire avec @Laurent Bénégui, qui m'a apporté sa bienveillance, sa force, son recul et son expérience de l'écriture.

Je ne le remercierai jamais assez de m'avoir permis de me libérer.

Retour au présent

À 11h ce matin, je monte sur scène à Paris au théâtre Lepic dans le 18e.

J'ai peur, mais j'ai besoin de le faire.

Alors je le fais, malgré cette peur. Tremblant, je le serai sans doute un peu. Ce n'est pas de la pure confiance, c'est plutôt de la nécessité de prendre le risque pour gagner la clarté. Ce qui risque de me faire gagner en confiance.

Et pour le reste, je vous en parlerai après.

Et vous — ce chemin vers la clarté... et la confiance... quel est-il ?

 
 
 

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