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La rencontre qui a tout changé

30 avr.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

En avril 2024 alors que nous travaillions à l'écriture d'un seul en scène dont je vous parlerai prochainement, j'ai dit à mon ami Laurent Bénégui quelque chose que je répétais depuis des mois : "je fais trop de choses. Je n'arrive plus à tout gérer. J'ai besoin de mettre de l'ordre dans tout ça."

Il m'a répondu, sans hésiter : "tu devrais appeler mon copain du lycée. Un super mec. Il accompagne des dirigeants d'entreprise."

J'ai protesté. "Je ne suis pas un dirigeant d'entreprise. Je suis un couteau suisse."

"Appelle-le. Et propose-lui de déjeuner."

Voilà comment ça commence, parfois. Pas par une révélation. Pas par un plan. Par une phrase glissée là, entre deux sujets, par quelqu'un qui vous connaît.

"Je suis un couteau suisse"

Cette phrase, je la disais souvent. Et je la croyais vraiment.

À l'époque, je n'aurais pas su vous expliquer précisément qui j'étais. Ingénieur de formation. Vingt ans comme artiste interprète - théâtre, cinéma, télévision, chant, danse, 40 pays en mannequinat. Puis le coaching, les neurosciences, les formations en intelligence relationnelle. La photographie. La direction artistique.

Tout ça, dans le même corps, au même moment.

Quand les gens me demandaient "mais tu fais quoi dans la vie ?", la liste devenait gênante. Je la sentais produire chez l'autre un léger désarroi - le genre de désarroi que produit quelqu'un qui ne rentre dans aucune case. Alors j'avais fini par abréger. Couteau suisse. C'est court, ça évite les explications.

Mais c'était aussi - je le comprends aujourd'hui - un aveu. Un aveu de méconnaissance. Un aveu de doute sur ma propre légitimité. Qu'est-ce que j'avais à faire à accompagner des dirigeants, moi ? Où était ma vraie expertise ? Qu'est-ce que j'étais, au fond ?

"Couteau suisse" était une manière de prendre les devants. De me dévaluer avant que quelqu'un d'autre le fasse. Un réflexe de protection habillé en autodérision.

Il n'a pas vu le désordre. Il a vu le potentiel.

Le déjeuner avec Laurent Bauer (oui comme quoi un Laurent B peut en cacher un autre !) a eu lieu quelques semaines après.

Je lui ai dit, peu ou prou, la même chose qu'à Laurent Bénégui. Trop de fils. Pas de structure. Cette impression chronique d'être partout et nulle part à la fois. Et quelque part dans la conversation, la phrase est sortie à nouveau. Couteau suisse.

Il m'a regardé.

"Non. Tu es un entrepreneur. Il faut structurer tes activités et monter une société qui va te permettre de crever ton plafond de verre. En micro-entreprise, c'est impossible."

J'ai été frappé - pas par le conseil. Par le regard.

Laurent n'avait pas vu le désordre que je décrivais. Il avait vu autre chose. Il avait vu du potentiel. Et la possibilité d'une structure qui porterait toutes ces activités dans une cohérence - l'ingénierie, les vingt ans d'artiste interprète, le coaching et les neurosciences, la photographie, la direction artistique - non pas comme une liste qui s'étale sans fin, mais comme les pièces d'un même édifice qui attendait juste qu'on lui donne une forme.

Ce n'était pas "choisis une activité et arrête les autres". C'était "donne-leur un toit commun".

Le mot change tout

Ce qui m'a le plus frappé dans cette conversation, ce n'est pas la décision. C'est le mot qu'il a choisi.

"Entrepreneur."

Moi, je me disais "couteau suisse". Lui, il voyait un entrepreneur.

Ce ne sont pas deux façons différentes de décrire la même réalité. Ce sont deux réalités différentes.

Un couteau suisse, c'est un outil. Polyvalent, commode, un peu encombrant. On s'en sert selon les besoins, et on le range. Aucune direction propre. Aucune vision. Juste de la disponibilité.

Un entrepreneur, c'est quelqu'un qui construit quelque chose. Qui porte un cap. Qui structure.

La différence entre ces deux mots ne tient pas aux faits - les activités étaient exactement les mêmes avant et après cette conversation. Elle tient au regard qu'on pose dessus. Et à ce qu'on décide d'en faire.

Ce jour-là, Laurent Bauer ne m'avait pas donné une information que je n'avais pas. Il avait posé un regard différent sur des informations que j'avais depuis toujours. Ce regard différent a tout changé.

C'est peut-être ça, un regard juste. Pas quelqu'un qui vous donne des réponses. Quelqu'un qui vous donne un mot que vous n'aviez pas encore.

"Rome ne s'est pas construite en un jour"

Laurent dit souvent cette phrase. Longtemps, je l'ai entendue comme une invitation à la patience. Aujourd'hui, je l'entends autrement.

C'est une phrase sur la valeur de la durée.

Ce qui rend une trajectoire rare, c'est précisément qu'elle ne se construit pas vite. Nous ne devenons pas "ingénieur × artiste interprète × coach × photographe × directeur artistique" en deux ans. Ça prend vingt ans. Trente ans. Et pendant tout ce temps, nous avons le sentiment de nous éparpiller, de ne pas choisir, de manquer de clarté. Le sentiment d'être un couteau suisse.

Mais c'est la durée elle-même qui crée la valeur. Parce que chaque strate, en se déposant sur la précédente, opère des transformations souterraines que même celui qui les vit ne voit pas. La rigueur de l'ingénieur qui finit par informer le coaching. La conscience corporelle du mannequinat qui nourrit la façon dont j'entends un client. Vingt ans à décoder l'humain par le jeu qui donnent de la profondeur à chaque question posée.

En 2024, j'ai monté ma SASU.

Ce que ce déjeuner a construit

Ce que je construis aujourd'hui autour de l'IA - pour permettre à chacun de se concentrer sur ce qu'il fait de mieux pendant que la technologie prend en charge le reste - n'est pas né d'une technologie. Il est né de ce regard. De cette conviction que derrière le désordre apparent, il y a souvent une cohérence qui attend d'être nommée.

Ce projet n'aurait pas de forme sans ce déjeuner. Il n'aurait pas de sens sans cette expérience d'avoir été regardé autrement.

Laurent Bauer voit ce que ce chemin est en train de construire. Et il y croit.

Je dis rarement cette phrase. Pas par ingratitude - mais parce que je ne la prononce qu'à ceux pour qui elle est vraiment vraie.

"Sans toi, je n'en serais pas là."

C'est vrai pour Laurent Bauer.

C'est vrai aussi pour Laurent Bénégui, qui n'a fait que glisser une phrase entre deux sujets un soir. "Appelle-le et propose-lui de déjeuner." Il ne savait peut-être pas ce que cette phrase allait produire. Peut-être que si.

Et si c'est vrai pour moi - c'est vrai pour vous aussi.

Derrière chaque trajectoire qui tient debout, il y a rarement un coup de génie solitaire. Il y a souvent une chaîne de regards bienveillants. Des gens qui ont vu avant nous ce que nous portions. Qui ont nommé ce que nous n'avions pas encore les mots pour dire. Qui ont dit, avec la simplicité de l'évidence : "appelle-le."

Qui est le Laurent Bauer de votre histoire ?

Et si vous n'en avez pas encore - n'hésitez pas à contacter @Laurent Bauer.

 
 
 

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